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Ras-le-bol des technocrates!
Dans les périodes difficiles, l'union est plus que jamais nécessaire. C'est pourquoi le “NON” irlandais n'est pas une bonne nouvelle. Mais ce “NON” est aussi un coup de semonce utile. Car à la différence d'autres “NON”, il n'est pas le signe d'une peur irrationnelle, d'un repli suicidaire. Il n'est pas qu'un refus. Il est aussi un appel exigeant et ambitieux. L'Irlande n'est ni ingrate, ni frileuse. Contrairement à sa cousine anglaise, elle veut une Europe apte à construire sa propre histoire, son modèle. Car l'Europe des institutions tourne toujours le dos à l'Europe des peuples. Chaque jour montre la vanité d'un processus décisionnel portant sur tous les sujets (de la disparition des carcasses destinées aux vautours à la fessée pour enfants) au détriment d'un traitement approfondi des grandes inquiétudes que ressentent tous les citoyens de l'Union. Ceux-ci sont particulièrement lucides sur les enjeux écologiques, toujours plus graves et plus proches. L'écoute des chroniques rassurantes sur l'état de l'économie ne les empêche pas de savoir que le plus dur est devant nous. Leur expérience quotidienne les incite à distinguer les chiffres officiels de l'inflation de ceux qu'ils subissent tous les jours. Et en guise de réponse, ils constatent que l'Europe poursuit sur sa lancée idéologique : une croissance sans frein et sans barrière, comme si la mondialisation n'avait pas, avec ses côtés positifs, ses immenses travers. Le “NON” irlandais reflète, en somme, l'immense désillusion des Européens face à la plus belle des promesses issue de la Seconde Guerre mondiale : celle d'un monde durablement apaisé. La présidence française de l'Europe va donc s'ouvrir dans un contexte de grande morosité qui pourrait à tout le moins susciter une forte envie de rénovation. Et pourtant, tout laisse à penser que la technostructure européenne va s'attacher à proposer essentiellement des réponses sur la gouvernance, en renvoyant aux calandes grecques la construction d'un véritable projet européen. Fort heureusement,l'action politique ne s'arrête pas aux portes de l'Europe. Le souffle nouveau que tout le monde attend pourrait bien venir de l'Ouest, pour faire mentir Erich Maria Remarque*, et tous ceux qui s'enferment dans une position fataliste. La progression dans les sondages de la candidature de Barack Obama à l'élection présidentielle américaine constitue, en effet, un extraordinaire espoir de réconcilier les États-Unis et le monde, la politique et la société. L'opinion européenne ne s'y trompe pas qui plébiscite ce candidat, alors qu'elle dit non à la technocratie européenne.
Jean-Louis Sanchez Directeur de la Publication
*Auteur en 1928 du célébrissime roman “À l'Ouest rien de nouveau”. |