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Tout bien considéré
L es dés sont jetés, et pourtant, pour la première fois depuis sa création - il y a près de 20 ans - le Journal de l'Action Sociale n'a pas interviewé les candidats à la fonction suprême.
Une décision mûrement réfléchie, pour manifester notre indifférence vis-à-vis d'un débat qui nous a semblé très éloigné des grandes questions d'avenir que sont la crise du vivre ensemble, le réchauffement climatique, l'épuisement des ressources.
La campagne électorale a en effet bien peu porté sur ce qui devrait être la vocation première de la présidence de la République : anticiper pour mieux protéger. Pourtant les signes n'ont pas manqué d'une déception de nos concitoyens face à des candidats ignorant l'évidence du danger à l'image du capitaine du Titanic il y a tout juste cent ans. Un anniversaire qui donne un relief particulier à la théorie du déclin irréversible des civilisations fragilisées par leurs dirigeants.
C'est aussi l'opinion de Roland Castro, architecte et urbaniste de renom, qui, dans le Nouvel Observateur du 12 avril, souligne que “la crise française n'est pas principalement une crise économique, mais une crise morale, une crise du lien social”. Ce qui l'amène à militer pour un service civique obligatoire pour tous “sans sursis possible”, où les éduqués apprennent aux incultes, où les nantis fréquentent les mal-nés”. Une revendication encore plus ambitieuse que le service civique proposé aujourd'hui, quel que soit l'engagement des acteurs locaux (voir Enquête p.17). C'est ce type de propositions que nous aurions aimé entendre des uns et des autres lors de cette campagne présidentielle.
Mais ne nous plaignons pas trop, car il y a bien pire qu'en France. Regardons tout près de nous le spectacle affligeant donné par le roi d'Espagne qui ne cache pas son plaisir à massacrer des éléphants avec les fonds publics qui font vivre la monarchie, à un moment où son pays est confronté à une tragédie sans précédent (voir aussi p.7).
Du bien mauvais théâtre qui nous fait, malgré tout, préférer la scène française.
Jean-Louis Sanchez |