NUMÉRO 96 / AVRIL 05

L'Europe déboussolée par ses élites

L e prochain référendum sur l'Europe constitue une étape décisive de la construction européenne et donc de l'avenir de notre modèle de société. Certains y voient un risque de régression sociale, d'autres au contraire une opportunité de progrès. Un vrai débat s'ouvre enfin et il est indispensable que chacun y participe. Pourtant plus d'un français sur deux refuse de s'y impliquer et l'on sait déjà que le grand vainqueur du référendum sera l'abstention.
On peut le déplorer mais il faut admettre qu'il est difficile aujourd'hui de croire en l'Europe politique, alors que la plupart de nos concitoyens doutent déjà de la capacité de nos propres dirigeants à maîtriser l'avenir.
C'est d'abord le cas des dirigeants économiques qui annoncent des profits mirifiques au moment où le chômage atteint un pourcentage hautement symbolique à deux chiffres.
Mais c'est aussi le cas des dirigeants politiques qui semblent ne tirer aucune leçon des appels constants de l'opinion publique. Bien évidemment on pense à l'affaire Gaymard qui fait d'autant plus de dégâts qu'elle concerne une personnalité qui avait su séduire par sa disponibilité et sa capacité d'écoute. Mais, on pense aussi à l'immense discordance entre les propos affichés sur la performance de la dépense publique et les actions engagées. La prolifération des cabinets ministériels, l'inflation réglementaire, la multiplication des niveaux de décision locale, l'efflorescence de délégations, d'agences, de conseils, d'observatoires, montrent dans une multitude de registres le caractère purement formel de l'État modeste. Et si la Cour des comptes se plaît à révéler les excès les plus troublants de ces dysfonctionnements, elle n'ose pas aller jusqu'à l'essentiel : l'évaluation de l'utilité même d'un système administratif qui, malgré la décentralisation et l'Europe, produit dix fois plus de textes en 2004 qu'en 1964*.
Il est donc de moins en moins étonnant que cette incapacité chronique des sphères dirigeantes à se réformer finisse par aboutir à la multiplication des formes non démocratiques de régulation de la vie en collectivité, que ce soit sous la forme d'une montée des communautarismes ou de l'extension du populisme, lit de l'autoritarisme.
C'est pourquoi tous ceux qui restent attachés à l'idéal républicain doivent aujourd'hui unir leurs efforts pour réactiver dans le débat démocratique les principes d'audace, de disponibilité et de tolérance qui doivent concerner au premier chef ceux qui détiennent les clés du pouvoir.

Jean-Louis Sanchez
Directeur éditorial

* Dans un article appelant à une nouvelle ère, publié dans le dernier numéro de la revue Futuribles, René Lenoir mentionne que le recueil des lois est passé de 380 pages en 1964 à 2350 pages en 2004.

LE MOIS DU SOCIAL
Les centres pour sans-abris de plus en plus précarisés Douste-Blazy au chevet de la familleADF : la bronca des conseils généraux • Mouvements de troupes • Personnes âgées : le domicile progresse, l'établissement régresse • Le chiffre du mois • Le CNLE fait de la résistance • Carton vert • Carton rouge

FRATERNITÉ 2004
Les honneurs du printemps

AGORA
La décentralisation est-elle source d'inégalités ? L'exemple de l'Apa

ACTU DES RÉGIONS

EXPÉRIENCES
Redonner l'estime de soi : le pari des travailleurs sociaux de Rezé

Effacer les frontières de l'institution

DOSSIER
Le 5ème risque existe, nous l'avons rencontré

À TORT OU À RAISON

MANAGEMENT
Développement social et action locale : construire une architecture du bénévolat

VIVA-CITÉ
Intercommunalité et DSL : la recette de Blois

REPÈRES
Insertion : le diagnostic du Val-d'Oise

HANDIS'PENSABLE

COURRIER DES LECTEURS

OBSERVATOIRE DE L'EMPLOI SOCIAL

Le 5ème risque existe : nous l'avons rencontré

Le système de protection sociale français repose sur la couverture par la solidarité nationale des risques liés à la maladie, à la vieillesse et aux accidents du travail, et des charges liées à l'arrivée d'enfants dans les familles. Aujourd'hui, un nouveau risque lié à la perte d'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées vient s'ajouter à ces quatre autres risques avec le vote de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
C'est d'abord le résultat d'un constat. La France compte un nombre de personnes âgées de plus en plus important et les personnes handicapées vieillissent de plus en plus longtemps. En outre, son système de solidarité résiste mal aux modifications de l'environnement urbain et familial. C'est aussi le résultat d'un travail de longue haleine mené tout à la fois par le mouvement associatif du secteur du handicap et de nombreuses personnalités conscientes des enjeux du vieillissement de la population. Cela a facilité l'adoption d'une loi organisant un système de protection à deux étages. L'un national chargé de garantir une égalité de traitement sur l'ensemble du territoire. L'autre local chargé de mettre en œuvre les aides octroyées avec un souci d'adaptation aux réalités de chaque territoire.
Une cinquième branche de la protection sociale se met donc progressivement en place, mais à la différence des précédentes, elle devra trouver un équilibre entre contraintes nationales et contraintes locales, dans un contexte sociodémographique et financier peu favorable.