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L'Europe déboussolée par ses élites
L e prochain référendum sur l'Europe constitue une étape décisive de la construction européenne et donc de l'avenir de notre modèle de société. Certains y voient un risque de régression sociale, d'autres au contraire une opportunité de progrès. Un vrai débat s'ouvre enfin et il est indispensable que chacun y participe. Pourtant plus d'un français sur deux refuse de s'y impliquer et l'on sait déjà que le grand vainqueur du référendum sera l'abstention. On peut le déplorer mais il faut admettre qu'il est difficile aujourd'hui de croire en l'Europe politique, alors que la plupart de nos concitoyens doutent déjà de la capacité de nos propres dirigeants à maîtriser l'avenir. C'est d'abord le cas des dirigeants économiques qui annoncent des profits mirifiques au moment où le chômage atteint un pourcentage hautement symbolique à deux chiffres. Mais c'est aussi le cas des dirigeants politiques qui semblent ne tirer aucune leçon des appels constants de l'opinion publique. Bien évidemment on pense à l'affaire Gaymard qui fait d'autant plus de dégâts qu'elle concerne une personnalité qui avait su séduire par sa disponibilité et sa capacité d'écoute. Mais, on pense aussi à l'immense discordance entre les propos affichés sur la performance de la dépense publique et les actions engagées. La prolifération des cabinets ministériels, l'inflation réglementaire, la multiplication des niveaux de décision locale, l'efflorescence de délégations, d'agences, de conseils, d'observatoires, montrent dans une multitude de registres le caractère purement formel de l'État modeste. Et si la Cour des comptes se plaît à révéler les excès les plus troublants de ces dysfonctionnements, elle n'ose pas aller jusqu'à l'essentiel : l'évaluation de l'utilité même d'un système administratif qui, malgré la décentralisation et l'Europe, produit dix fois plus de textes en 2004 qu'en 1964*. Il est donc de moins en moins étonnant que cette incapacité chronique des sphères dirigeantes à se réformer finisse par aboutir à la multiplication des formes non démocratiques de régulation de la vie en collectivité, que ce soit sous la forme d'une montée des communautarismes ou de l'extension du populisme, lit de l'autoritarisme. C'est pourquoi tous ceux qui restent attachés à l'idéal républicain doivent aujourd'hui unir leurs efforts pour réactiver dans le débat démocratique les principes d'audace, de disponibilité et de tolérance qui doivent concerner au premier chef ceux qui détiennent les clés du pouvoir.
Jean-Louis Sanchez Directeur éditorial
* Dans un article appelant à une nouvelle ère, publié dans le dernier numéro de la revue Futuribles, René Lenoir mentionne que le recueil des lois est passé de 380 pages en 1964 à 2350 pages en 2004. |