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“Un autre monde possible” D ans une société encouragée dans ses certitudes par un environnement culturel conformiste et uniforme, il est toujours difficile d'exprimer l'urgence et les possibilités du changement. On a toujours la crainte d'être mal compris, de déranger. C'est pourquoi lorsque d'autres plus connus et plus talentueux le disent aussi, il faut s'effacer pour les laisser s'exprimer. C'est pourquoi, ce mois-ci, je laisserai Nicolas Hulot s'adresser aux lecteurs du Journal de l'action sociale en publiant de larges extraits de son éditorial publié dans le Nouvel Observateur du 13 décembre 2006. Il est en effet précieux de l'entendre plaider en faveur de l'environnement en montrant qu'il s'agit avant tout d'un combat pour une société de liens et de sens. En d'autres termes, celui de la fraternité.
}[…] Reconnaissons que depuis longtemps déjà, la marche triomphante du progrès a pris l'allure d'une déconvenue. […] La fameuse phrase d'Einstein s'est vérifiée : « Notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions ». Nous voilà sommés de changer pour ne pas disparaître. Cette injonction oblige nos sociétés – et notre civilisation – à un rendez-vous critique avec elles mêmes. À un examen de conscience individuel et collectif pour comprendre l'origine du désordre, reconsidérer la finalité du génie humain et le sens du progrès et améliorer durablement et équitablement la condition humaine. N'est-ce pas la raison d'être d'une civilisation ? L'enjeu écologique nous contraint à utiliser différemment nos outils en cessant de confondre progrès et performance. Il nous oblige à être plus créatifs, plus inventifs ; à changer de paradigme et de logiciel. Pour éviter la pénurie et le rationnement, il nous faut apprendre à vivre avec un peu moins de biens et un peu plus de liens, à trouver un nouvel équilibre entre capital matériel et capital immatériel. Quel défi providentiel ! Sortir de la civilisation du gâchis, du matérialisme où nous nous sommes englués pour construire un monde où l'Etre n'est pas sacrifié à l'Avoir. Quel beau et salutaire dessein ! ~
Nicolas Hulot In Le Nouvel Observateur du 13 décembre |