NUMÉRO 139 / SEPTEMBRE 09

Une rentrée grippée

Après la trêve estivale, la dure réalité revient avec force avec son cortège de mauvaises nouvelles dont la pandémie annoncée n’est pas des moindres. Si les perspectives sanitaires ne sont pas dramatiques, ses effets sur le champ économique seront désastreuses. Car la crise n’est pas, comme le laisse entendre une multitude de commentateurs, terminée, loin s’en faut. Le monde développé est entré durablement dans une phase de chômage massif sans qu’aucune assurance puisse être donnée sur la mise en œuvre d’un nouveau Plan Marshall de relance, ni d’ailleurs d’un nouveau plan de résistance dans l’hypothèse d’un séisme comparable à celui de 2008. Et, comme souvent, nos concitoyens ne s’y trompent pas puisque deux tiers d’entre eux considèrent que la question du chômage est pour eux la plus préoccupante de la rentrée*.
Ce délitement économique et social est d’autant plus préoccupant qu’il s’accompagne d’une crise identitaire caractérisée par l’absence de tout repère, comme le montre la progression de la violence culturelle révélée par la mise en ligne de jeux d’un cynisme nauséabond. Ainsi en Allemagne et en France, le jeu “Clodo game”, n’a pas hésité pour séduire trois millions de joueurs, à utiliser les clichés les plus sordides, les préjugés les plus dangereux dans un scénario qui consiste à inviter l’internaute à “jouer” au clochard. En Italie, le fils du fondateur de la ligue du Nord, Renzo Bossi, a inventé et mis en ligne un jeu sur Facebook baptisé “Repousse le clandestin”. Le but?: couler des navires bourrés d’immigrés avec leurs passagers.
Une odeur de barbarie qui pourrait désenchanter le monde si les signes ne se mutipliaient pas d’une volonté de résistance pour se servir de la crise comme d’un levier pour une politique de civilisation. Ce qui a caractérisé par exemple les 7èmes Rencontres de l’Odas qui ont eu lieu en juillet (voir aussi page 7), n’a pas été le contenu des réponses à apporter mais l’esprit des réponses. Les temps forts plébiscités ont été ceux qui ont concerné la posture philosophique face à l’action, face à sa propre posture. Le retour de l’humilité a été pour tous un axe fédérateur comme si face à la vulnérabilité, le cap devait dorénavant être celui de l’authenticité et de la disponibilité. En somme, une fraternité qui ne fait plus peur, le meilleur antidote pour mettre en échec le refuge de la violence.

Jean-Louis Sanchez
Directeur éditorial

* Selon un sondage TNS-Sofres/Logica réalisé pour Metro, publié le 3 septembre : “le chômage et les plans sociaux forment de loin le dossier que vont suivre de près les Français en cette rentrée (pour 67% d’entre eux)?; les vacances qui sont passées par là n’en ont pas fait oublier pour autant le contexte de crise économique et la remontée du chômage en juillet”.

LE MOIS DU SOCIAL
MDPH : la résistance des personnels de l'État coûte cher • Micro-crédit, maxi-prudence • Décentralisation : et si les départements remportaient la mise ? • 7èmes Rencontres de l'Odas : les bons effets de la crise • Le 5ème risque est-il risqué?? • Le chiffre du mois • Carton vert • Carton rouge

SOCIAL SANS FRONTIÈRES

ENQUÊTE
Reconquête du vivre ensemble : c'est parti !
Saint-Jean-de-Maurienne décroche le maillot jaune

À BÂTONS ROMPUS
Invité du mois
Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République

SOCIALEMENT INDISCRET

ACTU DES RÉGIONS

LES BONNES PRATIQUES DU MOIS
Vieillissement – Coup de jeune pour la cohabitation
Prisons – Tour de France pénitentiaire : l'échappée belle

L'AUTONOMIE EN ACTIONS
Enseignement supérieur et handicap
Concrétiser l'égalité des chances

DOSSIER
Protection de l'enfance et place des familles
À la recherche du bon équilibre

RSA...EN AVANT TOUTE !
Comment les Caf ont relevé le défi…

VIVA-CITE
Lutte contre la précarité
À Grenoble, l'esprit de Dubedout continue de souffler

FRATERNITÉ

AGENDA

OFFRES D'EMPLOI

Protection de l'enfance et place des familles
à la recherche du bon équilibre

Bien qu'il soit prématuré d'imputer seulement à la crise économique la très forte progression du nombre d'informations préoccupantes, il est indéniable que la progression de la précarité influe considérablement sur la situation des familles. Le travail social va donc devoir soutenir un nombre croissant de familles précarisées. Ce qui donne encore plus d'intérêt aux expériences menées ces dernières années sur l'accompagnement de ces familles. Car l'instauration d'une relation équilibrée entre travail social et familles en détresse n'est pas une entreprise facile. Les préjugés, les postures, les pesanteurs bureaucratiques créent souvent des situations d'incompréhension, s'analysant parfois comme une véritable violence institutionnelle. Pour faire le point sur cette question, le Jas a mené l'enquête.