NUMÉRO 141 / NOVEMBRE 09

Travailleurs sociaux :
Interrogations préoccupantes

L e Journal de l'Action Sociale n'a jamais été complaisant avec les professionnels. Il a d'ailleurs toujours marqué sa préférence d'une éthique de mission sur une éthique de métier. Au point d'avoir souvent affirmé que les modes d'intervention du travail social, voire ses horaires, doivent mieux s'adapter aux contraintes des familles. Avec la même conviction, le JAS souhaite, cette fois, attirer l'attention des pouvoirs publics sur le désarroi des travailleurs sociaux, tout particulièrement dans le secteur de la protection de l'enfance en plein bouleversement.
En effet, et c'est heureux, la loi du 5 mars 2007, commence à atteindre l'un de ses principaux objectifs : rééquilibrer le champ de la protection de l'enfance du judiciaire vers le social (voir enquête p.10). Mais, cette amplification des responsabilités des travailleurs sociaux met aussi en relief toutes les limites de l'intervention sociale. Le temps dont disposent les professionnels pour s'occuper des familles, se trouve de plus en plus parasité par la complexité des organisations, la massification des situations, la dégradation du contexte et, donc, des possibilités de réinsertion. Au point d'entraîner une véritable souffrance des professionnels, déstabilisés par un sentiment d'impuissance et une perte de confiance que la crise des départements amplifie. N'est-il pas vrai qu'aujourd'hui la plupart des directions départementales s'épuisent à identifier des sources d'économies, tout particulièrement sur les budgets dédiés aux associations, alors que les besoins s'amplifient, non seulement sur le registre de la protection des enfants, mais aussi sur celui de la prévention (service social, PMI) sans omettre la prévention spécialisée. Le soutien à l'enfance et à la famille doit donc être, sur le plan budgétaire, hautement protégé. Il y va de l'intérêt de l'enfant et au-delà, des départements. C'est aussi la condition sine qua non pour adapter la réponse sociale à la reconfiguration des publics de la protection de l'enfance de plus en plus isolés, de plus en plus désorientés*.
Rien ne serait plus préjudiciable, que de voir s'accumuler les obstacles pour engager le travail social vers le développement social, au moment où le besoin de consolidation de l'environnement humain des familles, bien en amont de la prévention, s'amplifie.
Aucun pays comparable ne possède autant de travailleurs sociaux que la France. C'est donc maintenant la toute première priorité que de s'attaquer, en étroite concertation avec les organisations de professionnels, à la redéfinition, sans préjugés ni faux-fuyants, des missions du travail social et de son contexte d'intervention (réglementaire, organisationnel, managérial…)**. Un défi, et non des moindres, pour faire mentir ceux qui pensent que la France est riche de droits mais pauvre de liens.

Jean-Louis Sanchez
Directeur éditorial


* Comme l'ont montré notamment les enquêtes de l'Odas.
* * Ce sera d'ailleurs le principal axe de travail des prochaines Assises nationales de la protection de l'enfance organisées par le Journal de l'Action Sociale et le conseil général des Bouches-du-Rhône (en partenariat avec les principales institutions concernées) à Marseille les 28 et 29 juin 2010.

LE MOIS DU SOCIAL
Mouvements de troupes • Décentralisation : zéro pointé pour l'Acte II • Médico-social?: deux agences, un même métier • Mixité sociale : la grande illusion • Des balises pour le travail social des Caf • Le chiffre du mois • Carton vert • Carton rouge

SOCIAL SANS FRONTIÈRES

ENQUÊTE
Protection de l'enfance
Afflux d'informations préoccupantes :
le Sud ne perd pas le nord

À BÂTONS ROMPUS
Invité du mois
Régis DEBRAY, Philosophe

SOCIALEMENT INDISCRET

ACTU DES RÉGIONS

LES BONNES PRATIQUES DU MOIS
À Saint-quentin – La prévention spécialisée joue la diversité
AU HAVRE – Le coaching sportif réinvente l'insertion

L'AUTONOMIE EN ACTIONS
Handicaps rares
Le temps de l'action

DOSSIER
Réforme territoriale
Les villes peuvent-elles récupérer l'action sociale ?

RSA... EN AVANT TOUTE !
dans le var, le RSA fructifie sur l'héritage

VIVA-CITE
À nancy, l'urgence sociale réchauffe l'hiver

Repères
Orphelins
En parler enfin

FRATERNITÉ

AGENDA

OFFRES D'EMPLOI

DOSSIER

Réforme territoriale
Les villes peuvent-elles récupérer l'action sociale??

La réforme territoriale apparaît de plus en plus comme avant tout soucieuse de réformer le mode d'élection et de financement des collectivités locales. Car, en fait de clarification des compétences, c'est plutôt l'impasse. Sauf peut-être, et ce n'est pas rien, pour les dispositions du projet qui concerne les métropoles, offrant la possibilité à toute agglomération de plus de
450 000 habitants de se doter de ce statut, avec un champ étendu de compétences, dont l'action sociale. Une vingtaine de métropoles pourraient naître au détriment d'autant de départements qui ne s'occuperaient plus que d'une partie, souvent minoritaire, de la population. Les métropoles, ou plus largement les villes, feront-elles mieux que les départements ? Pour apporter sa contribution au débat, le Jas a souhaité observer en profondeur une ville qui de tout temps a fait du social une action prioritaire, Besançon, tout en s'arrêtant sur le seul exemple de ville ayant hérité des compétences départementales pour des raisons historiques, Strasbourg.