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Travailleurs sociaux : Interrogations préoccupantes
L e Journal de l'Action Sociale n'a jamais été complaisant avec les professionnels. Il a d'ailleurs toujours marqué sa préférence d'une éthique de mission sur une éthique de métier. Au point d'avoir souvent affirmé que les modes d'intervention du travail social, voire ses horaires, doivent mieux s'adapter aux contraintes des familles. Avec la même conviction, le JAS souhaite, cette fois, attirer l'attention des pouvoirs publics sur le désarroi des travailleurs sociaux, tout particulièrement dans le secteur de la protection de l'enfance en plein bouleversement. En effet, et c'est heureux, la loi du 5 mars 2007, commence à atteindre l'un de ses principaux objectifs : rééquilibrer le champ de la protection de l'enfance du judiciaire vers le social (voir enquête p.10). Mais, cette amplification des responsabilités des travailleurs sociaux met aussi en relief toutes les limites de l'intervention sociale. Le temps dont disposent les professionnels pour s'occuper des familles, se trouve de plus en plus parasité par la complexité des organisations, la massification des situations, la dégradation du contexte et, donc, des possibilités de réinsertion. Au point d'entraîner une véritable souffrance des professionnels, déstabilisés par un sentiment d'impuissance et une perte de confiance que la crise des départements amplifie. N'est-il pas vrai qu'aujourd'hui la plupart des directions départementales s'épuisent à identifier des sources d'économies, tout particulièrement sur les budgets dédiés aux associations, alors que les besoins s'amplifient, non seulement sur le registre de la protection des enfants, mais aussi sur celui de la prévention (service social, PMI) sans omettre la prévention spécialisée. Le soutien à l'enfance et à la famille doit donc être, sur le plan budgétaire, hautement protégé. Il y va de l'intérêt de l'enfant et au-delà, des départements. C'est aussi la condition sine qua non pour adapter la réponse sociale à la reconfiguration des publics de la protection de l'enfance de plus en plus isolés, de plus en plus désorientés*. Rien ne serait plus préjudiciable, que de voir s'accumuler les obstacles pour engager le travail social vers le développement social, au moment où le besoin de consolidation de l'environnement humain des familles, bien en amont de la prévention, s'amplifie. Aucun pays comparable ne possède autant de travailleurs sociaux que la France. C'est donc maintenant la toute première priorité que de s'attaquer, en étroite concertation avec les organisations de professionnels, à la redéfinition, sans préjugés ni faux-fuyants, des missions du travail social et de son contexte d'intervention (réglementaire, organisationnel, managérial…)**. Un défi, et non des moindres, pour faire mentir ceux qui pensent que la France est riche de droits mais pauvre de liens.
Jean-Louis Sanchez Directeur éditorial
* Comme l'ont montré notamment les enquêtes de l'Odas. * * Ce sera d'ailleurs le principal axe de travail des prochaines Assises nationales de la protection de l'enfance organisées par le Journal de l'Action Sociale et le conseil général des Bouches-du-Rhône (en partenariat avec les principales institutions concernées) à Marseille les 28 et 29 juin 2010. |