NUMÉRO 144 / FEVRIER 10

Haïti, notre miroir

Régis Debray a lancé un appel vibrant pour que Haïti soit déclaré “Pupille de l'humanité” (voir page 34). C'est un cri du cœur qu'il faut non seulement comprendre mais aussi relayer partout.

D'abord parce que le cauchemar d'Haïti est loin d'être achevé. À l'horreur d'hier, va bientôt s'ajouter le dénuement de la saison des pluies, la faim, le désespoir, la violence. Ce sont des centaines de milliers d'enfants, de femmes, d'hommes, qu'il va falloir soutenir et protéger sous peine d'être disqualifiés de l'aventure humaine.
Mais aussi parce que Haïti est en quelque sorte le miroir du monde moderne, avec son incapacité à prévenir des risques pourtant connus. Car ce pays n'est pas seulement la victime d'un tremblement de terre, mais aussi la victime de dirigeants coupables d'avoir laissé construire un pays avec du sable en guise de ciment.

Vivre le drame de Haïti comme le sien n'est donc pas qu'un devoir de civilisation, c'est aussi un devoir de vigilance, pour mieux mesurer l'urgence d'une gouvernance suffisamment démocratique pour marginaliser l'éphémère et privilégier le durable. C'est enfin, un devoir de précaution dans ces temps d'incertitudes où plus aucune nation n'est à l'abri d'un gigantesque séisme qu'il soit d'origine naturelle ou économique, entraînant avec la disqualification de l'État tout ce qui entretient le vivre ensemble. Le drame haïtien nous oblige à appréhender l'altérité non seulement dans sa dimension nationale mais aussi universelle.

Il y a deux cents ans Haïti a été la première république à faire vivre le concept d'indépendance. Par le courage de son peuple, elle va nous aider maintenant à voir le monde autrement en déclinant notre besoin de solidarité à l'échelle planétaire pour affronter ensemble les désordres écologiques, économiques et sociaux du 21ème siècle.

Reste à espérer que ce message soit relayé par nos dirigeants afin que “l'ONU du renoncement” fasse place à une gouvernance mondiale qui aurait tout à gagner en se construisant autour des principes de liberté, d'égalité et de fraternité. Non pas par narcissisme hexagonal, mais parce qu'en dernière analyse, notre devise ne trouve son fondement que dans sa vocation à unir.

Jean-Louis Sanchez
Directeur de la publication

Editorial
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Service civique ou emplois jeunes : le doute est permis • Regroupements d'assistants maternels : le Sénat fait le pari du bon sens • Observation sociale : le joker des CCAS • La Cnape fait déjà entendre sa voix • Dépendance : le handicap des départements • Fin de droits : le risque d'un tsunami social • Mouvements de troupes • Chiffre du mois • Carton vert • Carton rouge

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Les Maisons de retraite ont-elles un avenir??

Si l'on se réfère aux prévisions démographiques, l'avenir des maisons de retraite ne peut être que grandiose. En effet, le pourcentage des personnes âgées de plus de 75 ans ne cesse de s'élever et devrait atteindre 16 % dans les trente prochaines années. Mais, leur avenir est-il pour autant assuré, alors que leur attractivité se trouve aujourd'hui confrontée à un redoutable challenge : résister au développement du maintien à domicile, alors que l'image de marque des maisons de retraite est de plus en plus impactée par la médiatisation de faits de négligence, voire de maltraitance. Les responsables des maisons de retraite vont donc devoir tenir compte de plus en plus dans leur stratégie de l'évolution de la demande et des attentes du public qui concernent non seulement le coût résiduel, mais aussi la qualité du projet d'établissement, où l'implication des équipes et le maintien de la vie sociale sont des critères de choix de plus en plus importants. Le Jas a donc voulu prendre la température réelle du secteur, avec le soutien actif de la Fondation Caisses d'épargne pour la solidarité.