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Comme une odeur de souffre
Drôle de printemps. Le nuage venu d'Islande vient assombrir un peu plus le moral de nos concitoyens de plus en plus inquiets. Les déficits des retraites et des comptes sociaux s'avèrent abyssaux alors que la courbe de croissance du PIB oscille péniblement autour de 1%. Et cela, alors même que dans nos banlieues et dans nos campagnes le sentiment de délaissement s'accentue. On sent dans l'air comme une odeur de souffre.
Ce qui explique, que pour beaucoup, le verre puisse apparaître comme plutôt vide, avec pour corollaire la fuite en avant, la désinvolture, l'inaction. Et, en prime, le retour du discours populiste ou du silence assourdissant de l'absentéisme électoral.
Ce n'est pas notre choix, car cette crise (en grec : rupture), peut également annoncer un authentique printemps, si l'on recherche aussi dans l'actualité ce qui rassure. Il faut lire le rapport du ministère de l'Intérieur sur l'attitude exemplaire des habitants de Charente-Maritime pour soutenir les sinistrés de la tempête Xynthia. Il faut méditer sur la multiplication des ateliers du vivre ensemble et l'organisation exponentielle de débats sur les valeurs, dont principalement celle de fraternité. Il faut mesurer l'importance d'une remise en cause par un nombre croissant de parlementaires, de choix (comme le bouclier fiscal) qu'ils ont parfois votés pour redonner toute sa place à la fonction redistributrice de l'impôt.
Plus personne n'ose aujourd'hui s'arquebouter sur des certitudes. Ainsi, comme le montre le dossier de ce numéro, le monde de l'aide à domicile, tout en revendiquant plus de moyens exprime aussi sa volonté de changement quitte à revisiter ses fondamentaux. De même, les collectivités locales s'activent pour refuser l'enfermement de la décentralisation dans un rôle gestionnaire pour mieux revendiquer un rôle stratégique dans la performance du vivre ensemble. Des ouvertures qui pourraient permettre de précipiter partout l'élaboration d'un nouveau projet social moins orienté vers le normatif, et davantage sur la citoyenneté de tous et pour tous. De Martine Aubry à Alain Juppé, en passant par le médiateur de la République, il faut sentir dans l'air du temps un souffle d'humilité qui fait que s'affirme enfin publiquement dans les médias (et plus seulement dans le JAS) un discours faisant de l'engagement individuel, le gardien de la solidarité collective. |