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“Il n'y a pas de petites gens”
En 2010, rien ne nous aura été épargné. Sur le plan économique, la précarité s'accroît partout, et tout particulièrement chez les jeunes, ce qui contribue à amplifier dans les quartiers les plus en difficulté le malaise social et sa traduction inéluctable sous la forme d'agressions individuelles et collectives dont on n'ose plus publier la réelle progression. Le sentiment d'une déstabilisation de notre modèle de société s'amplifie et fait de nos concitoyens les plus pessimistes des Européens, et donc peut-être les plus à même de rejeter le cadre démocratique pour lui préférer l'aventure prônée par les nouveaux “défenseurs de la République”, qui partout en Europe et en France dénoncent l'euro, l'étranger, l'autre, pour mieux masquer l'échec d'un libéralisme débridé, d'une mondialisation sauvage. Et enfin, pour couronner le tout, malgré un hiver retrouvé, le réchauffement et le désordre climatique se confirment pour l'ensemble de la planète. Il en résulte une crise alimentaire et une inflation des prix, qui peuvent conduire au désespoir et aux luttes fratricides.
On pourrait donc espérer que 2011 soit moins pire. Mais cela commence mal, avec la banalisation de la candidature de Marine Le Pen. Elle serait déjà soutenue par un quart des Français alors qu'un boulevard s'ouvrira devant elle lorsque le tsunami financier qui menace l'Europe se concrétisera dès que les rustines actuelles cèderont. Dans la panique qui suivra, tous ceux qui pourront prétendre n'y être pour rien, faute d'avoir exercé des responsabilités ces trente dernières années, seront souvent en capacité de tromper l'électeur. L'option Le Pen pour 2012 n'est donc pas qu'une fiction.
Mais 2011 peut aussi être l'année de la reconstruction de la confiance entre la démocratie et son peuple. C'est indiscutablement l'année charnière de ce début de siècle. Celle où il ne faudra plus fuir les vraies questions, flatter le court terme et masquer les problèmes. Mais au contraire, celle du pari de la maturité des habitants comme nous y invitent nos voisins tunisiens. En somme, ne pas choisir entre la page 13 du Monde daté du 9-10 janvier qui relate un vent d'optimisme sur l'économie, et sa page 14 où Edgar Morin n'hésite pas à étaler son pessimisme sur l'avenir de l'humanité. Un recto-verso qu'il faut renvoyer dos à dos pour sortir des constats, qu'ils soient optimistes ou pessimistes, en s'engageant résolument dans l'action, quel que soit son statut social. Car, comme le relevait Michel Dinet lors du lancement des Ateliers du vivre ensemble et de la fraternité : “Il n'y a pas de petites gens” (voir page 33). |