NUMÉRO 154 / FEVRIER 11

Quand le service public se met en danger…

En Seine-Saint-Denis, la colère monte : les parents d'élèves manifestent de plus en plus régulièrement, n'hésitant pas, comme à Épinay-sur-Seine, à occuper les écoles. À l'origine du mécontentement, la suppression des postes, mais aussi le taux d'absentéisme des enseignants. En effet, si le nombre de remplaçants prévus dans ce département est identique au reste de la France (un pour dix classes), il s'avère insuffisant pour compenser l'absence de près de deux enseignants sur dix durant plusieurs semaines dans l'année.
Cette difficulté se vérifie aussi dans les services de justice, comme l'a montré l'affaire Lætitia. En effet, si le président de la République s'est servi trop hâtivement de l'émotion populaire suscitée par la mort de la jeune fille pour vilipender sans précaution le fonctionnement du service public de la Justice, les résultats de l'enquête interne ont fait apparaître un taux d'absentéisme consternant dans le service de probation concerné (1).
Et plus globalement, ces derniers mois, les articles se sont multipliés dans la presse pour relever que, par comparaison avec le secteur privé, les fonctionnaires pouvaient être en moyenne deux fois plus nombreux à être absents pour des raisons médicales (2).
Bien évidemment, des raisons particulières peuvent être évoquées ici et là. En Seine-Saint-Denis par exemple, on évoquera le surcroît de fatigue occasionné par le transport d'enseignants souvent domiciliés en dehors du département. Pour la Justice, le sentiment d'être dépassés par l'ampleur de la tâche. Mais l'image du service public n'en sort pas moins fragilisée, au moment où la précarité de l'emploi renforce les risques de tension entre ceux qui bénéficient d'un statut protecteur et les autres.
C'est pourquoi, parallèlement aux légitimes revendications de moyens, et plus précisément de leur juste répartition sur les territoires, rien ne serait plus dangereux pour la pérennité du contrat social, que de ne pas rappeler que quand le service public se met en danger, c'est le vivre-ensemble qui en pâtit. La question de l'ouverture d'un grand débat national, avec les organisations syndicales, sur le sens du service public est donc plus que jamais nécessaire pour que dans chaque administration, soient recherchées les conditions économiques mais aussi managériales (promotion d'une éthique de mission, projet participatif, stabilité des organisations) pour éviter que la démobilisation de certains professionnels ne porte atteinte à la performance et, par là même, à la crédibilité de la réponse publique.

(1) Selon le rapport de l'Inspection générale des services judiciaires, le taux d'absentéisme au Spip de Loire-Atlantique serait trois fois supérieur à la moyenne nationale de la fonction publique, et six fois supérieur au secteur privé.
(2) Selon le rapport annuel de la fonction publique, les agents de l'État prendraient en moyenne 15 jours de congés maladie par an contre 8 dans le secteur privé. Quant au magazine Capital de février 2011, il relève que la différence de taux d'absentéisme avec le secteur privé correspondrait à 100 000 emplois avec des situations particulièrement extrêmes dans les collectivités locales, comme la ville de Montpellier avec 41 jours de congés maladie par agent par an, celle de Périgueux avec 32 jours, la région Limousin avec 23 jours, le département de l'Ariège avec 20 jours.

Editorial

LE MOIS DU SOCIAL
Dépendance : un calendrier fermé pour des orientations ouvertes • Suicide : le refus de la fatalité • RSA : les évaluations se suivent et se ressemblent • Une école plus “libre”... ou plus ”libérale” ? • Allocations de solidarité : une brèche est ouverte • Mouvements de troupes • Chiffre du mois • Carton vert • Carton rouge

SOCIALEMENT INDISCRET

Actu des régions

Social sans frontières

ENQUÊTE
service civique : faut-il mettre les bouchées doubles ?

EXPERIENCES
LES BONNES PRATIQUES DU MOIS D'APRILES
Québec : La “fierté”, terreau du vivre ensemble
Jeunes dans le Val-de-Marne : Suivez le guide !

L'AUTONOMIE EN ACTIONS
Grands traumatisés : Bienvenue chez les Ch'tis

Viva-Cité
Crèches privées : Pourquoi les villes s'y intéressent

DOSSIER
Protection de l'enfance : quels outils pour observer et évaluer ?


Repères
À BÂTONS?ROMPUS
avec Denis Piveteau, président du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie.

FRATERNITÉ

DÉCRYPTAGE
Peut-on mieux appréhender l'économie de la protection de l'enfance ?

AGENDA

Le Journal des réseaux

OFFRES D'EMPLOI



Service civique : faut-il mettre les bouchées doubles ?

L'idée d'un service civil est née en 1996 avec la suppression du service militaire qui a brisé un outil précieux à la cohésion nationale, la mixité sociale et la prise de conscience par les jeunes de leurs devoirs vis-à-vis de la communauté nationale. Mais il a fallu attendre 2006 pour qu'il soit rendu possible non sous une forme obligatoire, mais volontaire et tourné explicitement sur le civisme. L'objectif était de réunir 50 000 jeunes en 2007, mais ils n'étaient que 3000 fin 2009. Décrié par le Conseil d'analyse stratégique en 2008 comme “très complexe, voire illisible, confidentiel et méconnu”, il ne pouvait que décevoir. Le service civique qui a pris sa place en mars 2010 offre, fort heureusement, d'au­tres perspectives. Au point d'y voir les prémices d'un grand chantier qui pourrait donner une nouvelle chance à l'idée d'un service pour tous les jeunes.