NUMÉRO 157 / MAI 11

Vent de nostalgie pour le RMI

Bien que rejetés, fort heureusement, par un nombre considérable de responsables politiques de tous bords, les propos et les propositions de Laurent Wauquiez n’en ont pas moins atteint leur objectif. Une nouvelle brèche est ouverte dans la crédibilité de notre modèle social, en ce qui concerne cette fois-ci le RSA, qui favoriserait l’assistance sur l’emploi, face à une opinion souvent tentée de rechercher des boucs émissaires dans les périodes difficiles.
Et le danger est d’autant plus grand, que la création, à côté du RSA-socle (ancien RMI), du RSA-activité suscite un nombre croissant de commentaires défavorables, comme celui de Michel Godet, économiste, qui relève dans Le Point du 12 mai 2011, que “celui qui travaille 26 heures et touche le RSA, bénéficie de plus d’avantages et de revenus que le travailleur au Smic à plein-temps”.
Le débat dans l’opinion risque donc de se focaliser sur ces cas-là, alors que l’essentiel est occulté : à savoir que le RSA, qui n’est qu’un prolongement du RMI, trouve sa pleine justification dans l’évolution du monde du travail. C’est, en effet, en 1989 que le RMI est mis en œuvre pour une raison évidente : le chômage qui a progressé en 20 ans de 400 000 à 4 000000 ne peut plus être qu’à la marge imputé à des incapacités personnelles. Il résulte principalement de la destruction massive des emplois non qualifiés, non seulement dans le domaine de l’industrie, mais aussi dans une multitude d’activités de médiation. La société doit donc garantir un droit nouveau aux victimes de cette transformation économique : un revenu minimum de subsistance. Une évolution d’autant plus attendue, qu’elle permettait, par ailleurs, de mieux protéger des dizaines de milliers d’enfants, alors que l’on constatait à cette époque un développement exponentiel d’enfants placés pour des raisons matérielles.
Les propositions de Laurent Wauquiez sont donc inacceptables non seulement sur le plan éthique, mais aussi sur le plan économique. Car sans RSA, il faudrait trouver de nouvelles formes d’assistance et de protection qui, en fin d’analyse, s’avéreraient bien plus coûteuses et bien plus stigmatisantes que le RSA. Mais ces propositions nous obligent à agir plus vite sur la simplification et la lisibilité du RSA, car celui-ci s’avère si complexe, qu’il en fait parfois regretter le RMI, dont les Français s’étaient bien accommodés, même s’il méritait d’être mieux connu dans ses relations à l’emploi. Si tous les Français savaient que lorsque le chômage baisse, les minima sociaux baissent dans les mêmes proportions, plus personne ne douterait que la crise de l’insertion n’est pas celle des dispositifs, mais celle de l’emploi.

Editorial

ACTUALITE
LE MOIS DU SOCIAL
Conseillers territoriaux ou contribuables locaux, il va falloir choisirLes Caf dans le tourbillon de la criseLa Cour des comptes s’irrite d’une société de plus en plus inégalitaireDépendance : l’ADF fait entendre sa voixInstitutions et politiques : la jeunesse décrocheComplémentaires santé : de la mutualisation à la fraternisation • Mouvements de troupes • Chiffres du mois • Carton vert • Carton rouge

SOCIALEMENT INDISCRET

Actu des régions

Social sans frontières

ENQUÊTE
Regard sur la Tunisie : du soleil et des lumières

EXPERIENCES
LES BONNES PRATIQUES DU MOIS D’APRILES
Art et insertion : hip hip hip Aura !
Renouvellement urbain à bastia : des habitants bâtisseurs

L’AUTONOMIE EN ACTIONS
Dématerialisation des échanges dans l’aide à domicile :
le doute n’est plus permis

Viva-Cité
Handicap : Tourcoing, la ville de toutes les audaces

DOSSIER
Missions locales : les jeunes peuvent-ils y croire ?

REPERES
À BÂTONS ROMPUS
Invité: Jean-Baptiste de Foucauld, président de Démocratie et Spiritualité, fondateur de Solidarités nouvelles face au chômage

FRATERNITÉ

DÉCRYPTAGE
Finances départementales d’action sociale : le tournant de la rigueur
AGENDA

Le Journal des réseaux

OFFRES D’EMPLOI



Missions locales : les jeunes peuvent-ils y croire ?

De nombreuses enquêtes le disent, les jeunes sont pessimistes face à leur avenir professionnel. Et on peut les comprendre. Fin 2010, le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans était de 22,3 %. Un taux deux fois plus élevé dans les Zus (41,7 % pour les jeunes hommes en 2008). Un chômage qui dure de plus en plus longtemps : en juillet 2010, 109 000 jeunes recherchaient un emploi depuis un an au moins. Enfin, 20 % des jeunes de 18 à 24 ans vivaient en 2008 en dessous du seuil de pauvreté. De manière générale d’ailleurs, la précarité n’est pas la seule inquiétude d’une jeunesse déboussolée face à des familles de plus en plus souvent éclatées, à la disparition des repères qui fondent l’identité…
Une situation qui interroge sur la capacité de notre société à offrir un avenir aux jeunes. Un sondage récent de la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc) vient confirmer leur désillusion : 75 % des jeunes se sentent peu considérés par les hommes politiques, par les employeurs (63 %), ou par les institutions publiques comme l’Éducation nationale (71 %), les services d’aides à la recherche d’emploi (59 %) ou les services d’orientation (55 %). Dans ce contexte de plus en plus préoccupant, une question se pose : que font les missions locales ?