NUMÉRO 159 / SEPTEMBRE 11

Du passé, ne faisons pas table rase

Nous l'avons toujours dit au risque de ne pas être compris. Dès les premiers signes de la crise, nous la qualifiions de structurelle et de susceptible de générer une véritable crise de civilisation. Avec l'espoir de nous tromper.
Or, malheureusement, le diagnostic s'avère fondé, non seulement dans sa dimension économique mais aussi sociale, éthique et environnementale. Autant de raisons de se croire impuissant, mais aussi, de se vouloir plus disponible pour réinventer l'avenir, comme le montrent la plupart des travaux sociologiques sur l'impact qualitatif de la crise.
Tant que l'on se sent hors de danger, le lien à l'autre, au collectif, peut passer pour superflu. Avec la crise, le rapport à l'autre devient essentiel, mais avec le risque que la peur du futur ne se transforme en peur de l'autre. Le moment est donc venu de repositionner comme tout à fait prioritaire la question de l'éthique, avec la valorisation de la différence, de la citoyenneté, de l'empathie, comme le préconise l'économiste américain Jeremy Rifkin*, qui n'oublie pas d'y associer la revitalisation de la démocratie.
Car la mobilisation de toutes les énergies passe aussi par des réformes politiques : celle de la fiscalité directe, pour mettre fin à l'accroissement des inégalités ; celle de la fiscalité indirecte, pour mettre fin à l'invasion de produits élaborés sans coûts sociaux ; celle de la suppression des privilèges qui désorientent l'opinion ; celle de la promotion d'un débat politique qui cesserait d'évaluer les propositions à travers la seule grille des appartenances politiques. En somme, un nouveau contrat social qui, bien qu'axé sur une vision audacieuse du futur (voir JAS d'octobre 2008, d'avril et de mai 2010 notamment), renouerait avec les ambitions des humanistes du XIXème siècle qui nous invitaient à ne pas attendre de nos représentants des paroles rassurantes, mais au contraire, un vrai bilan susceptible de fonder un projet de société.

Jean-Louis Sanchez

*Voir son ouvrage “Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l'empathie”, Éditions LLL - Les Liens qui Libèrent - 2011.

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TISF : négligence coupable

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TISF : négligence coupable

À un moment où le souci de prévention s'affirme de plus en plus dans la protection de l'enfance pour agir le plus possible en amont, le métier de technicien de l'intervention sociale et familiale (TISF) offre une extraordinaire palette pour soutenir les familles autrement et avec une rare efficacité. Mais, cette profession reste encore insuffisamment reconnue et se trouve, de fait, très inégalement sollicitée.
Un constat qui pourrait s'aggraver avec la loi de finances pour 2011 qui a levé les exonérations de charges dont bénéficiait le secteur de l'aide à domicile depuis 2006. Avec une augmentation prévisible du coût horaire de 3 à 5 euros selon les associations, cette mesure risque de réduire l'action des TISF, alors qu'il faudrait au contraire en faire un des axes prioritaires de l'évolution du système de protection de l'enfance vers la prévention. Il n'est donc pas excessif d'évoquer une négligence coupable.