ENA : une refonte prometteuse

Créée après-guerre pour démocratiser l’accès à la haute fonction publique de l’Etat, l’Ecole nationale d’administration a progressivement oublié ses raisons d’être. En effet, selon l’étude « Que sont les énarques devenus ? » publiée en 2015 par le Centre de sociologie et de sciences politiques, 70% des diplômés sont issus de familles de cadres de la fonction publique, et seulement 12% de familles de professions intermédiaires du secteur privé, 9% de familles d’agriculteurs ou d’artisans, et 6% de familles d’employés et d’ouvriers. C’est pourquoi ce rapport de Frédéric Thiriez, missionné par Emmanuel Macron pour réformer l’ENA, pourrait surprendre par l’audace de ses propositions. Celui-ci propose notamment l’intensification de la démocratisation, par des mesures comme la bonification de l’expérience des candidats, la modification des épreuves pour privilégier l’oral sur l’écrit, la simplification des modes de sélection… Mais surtout, le rapport propose d’aller vers une uniformisation des fonctions publiques en prévoyant qu’une dizaine d’écoles (l’ENA, l’INET, l’INED, l’EHESP, l’ENM…) devraient bénéficier d’environ six mois d’enseignement commun. De plus, il s’agirait de développer des stages en commun, permettant aux élèves de ces écoles de se connaître. Le rapport entend favoriser un brassage des élites, avec des missions communes comme l’encadrement des jeunes dans le cadre du service national universel. Enfin la sortie de l’ENA sera fortement remaniée avec la suppression du classement de sortie. Un comité indépendant serait chargé d’arbitrer entre les différentes affectations, pour éviter en particulier le népotisme. Plus précisément, les élèves devront patienter trois ans avant d’accéder aux grands corps (Inspection générale des finances, Conseil d’Etat, Cour des Comptes).