1,45 milliard : c’est le nombre de déplacements touristiques dans le monde en 2024, en hausse de 49% par rapport à 2010. C’est une progression extrêmement inquiétante pour la défense de l’environnement, car elle occasionne, notamment, le développement du transport aérien, qui prévoit son dédoublement à l’horizon 2030. Mais c’est aussi un risque important de déséquilibre pour les économies et les modes de vie locaux, ce qui se vérifie aujourd’hui notamment en Europe.
Un développement exponentiel en Europe
L’Europe comptabilisait 416 millions d’arrivées en 2005, et 747 millions en 2024. Dorénavant, la répartition des touristes est la suivante dans les dix pays européens les plus attractifs : la France est en tête avec 102 millions de touristes internationaux en 2024, suivie par l’Espagne avec 94 millions, la Turquie avec 61 millions, l’Italie avec 58 millions. Puis viennent l’Allemagne (38 millions de touristes), la Grèce (36 millions), l’Autriche (32 millions), les Pays-Bas (21 millions), la Hongrie (13 millions) et l’Albanie (11 millions).
Il faut noter que cette hiérarchie ne reflète pas l’importance des gains économiques. C’est, en effet, l’Espagne qui en bénéficie le plus, avec 107 milliards de dollars, puis le Royaume-Uni (85 milliards), la France (77 milliards), l’Italie (59 milliards) et la Turquie (56 milliards).
Enfin, relevons que parmi les trois villes les plus emblématiques du sur-tourisme, Paris arrive en tête avec 22,6 millions de visiteurs, en faible hausse par rapport à 2014 (19,1 millions). Elle est suivie par Lisbonne avec 15,3 millions, en très forte hausse par rapport à 2014 (9,3 millions), puis par Venise qui reçoit 8,3 millions (contre 6,3 millions en 2014).
Des conséquences particulièrement nocives
Si le tourisme crée de la richesse économique et facilite l’ouverture culturelle sur le monde, il suscite aujourd’hui une modification des conflits d’usage avec les habitants. C’est surtout la hausse du prix de l’immobilier qui crée des difficultés considérables. Par exemple, aux Baléares, de nombreux professionnels de santé, des enseignants, des policiers, ne parviennent plus à se loger à des prix décents et quittent l’archipel catalan.
À Lisbonne, le développement de locations meublées de type Airbnb a entraîné une pénurie d’offres locatives pour les habitants permanents. Le tourisme a aussi entraîné la disparition de commerces de proximité, remplacés par des activités de loisir. à Barcelone, c’est aussi la question immobilière qui a mis le feu aux poudres. Depuis 2014, le prix des loyers y a bondi de 68 %.
Le risque est d’assister partout à une « muséification » des villes historiques, à la transformation de quartiers en décors. Ce qui se répercute, notamment, sur les conditions de vie des personnes âgées, qui sont les dernières à vivre, isolées, dans des bâtiments dédiés aux locations de vacances.
Les premiers pas d’une régulation
Ce développement du tourisme commence à susciter des résistances importantes de la part des populations concernées. Dans de nombreuses capitales régionales espagnoles, des manifestations ont eu lieu, rassemblant, par exemple à Palma de Majorque, plus de 20000 personnes.
Mais les tensions sont également croissantes dans le reste de l’Europe, comme à Paris, Amsterdam et Venise. C’est pourquoi, peu à peu, des régulations apparaissent pour encadrer le tourisme. En Croatie, par exemple, la ville de Dubrovnik a réduit drastiquement le nombre de paquebots de croisière en escale. Et la métropole de Nice, en France, s’apprête à faire de même pour le port de Villefranchesur- Mer.
Toujours en France, la loi Le Meur de novembre 2024 donne aux collectivités locales de nouveaux outils pour encadrer les meublés touristiques. à Barcelone, la municipalité a annoncé la suppression de 10 000 logements Airbnb à l’horizon 2028. Enfin, le cas le plus emblématique est celui d’Amsterdam, qui a décidé de fixer un nombre maximum de nuits hôtelières pour l’ensemble de la ville, avec pour objectif de faire décroître le nombre de touristes dans la ville.